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Loin de former une entité linguistique autonome ou une « langue du numérique », les interactions langagières en environnements numériques s’inscrivent dans les langues naturelles, tout en étant profondément reconfigurées par les contraintes techniques, médiatiques et interactionnelles propres aux dispositifs numériques. Écrans, claviers, interfaces conversationnelles, temporalités asynchrones et médiations algorithmiques façonnent les formes linguistiques, les normes d’usage et les modalités d’interprétation.

Cette journée d’étude propose d’interroger les interactions langagières numériques comme des formes situées de variation et d’adaptation, relevant notamment de la linguistique interactionnelle et de l’analyse du discours médié. Une attention sera portée aux interactions produites dans des échanges humains (réseaux sociaux, forums, messageries) et dans des situations d’adressage à des interfaces conversationnelles automatisées (chatbots, outils d’intelligence artificielle générative). Il ne s’agit pas d’analyser une supposée « - langue de l’IA », mais bien les stratégies linguistiques humaines mobilisées face à ces dispositifs.

Dans cette perspective, la comparaison entre interactions hors ligne et interactions en ligne n’est pas envisagée comme un champ en soi, déjà largement documenté, mais comme un point d’appui permettant de mieux saisir ce qui se joue spécifiquement dans les interactions numériques, en particulier dans la comparaison entre interactions humain-humain et humain-machine, aujourd’hui renouvelées par la diffusion massive des systèmes automatisés.

Au-delà des formes linguistiques observables, les pratiques numériques posent des questions méthodologiques majeures : constitution de corpus, collecte de données sur des plateformes privées, anonymisation, archivage, publication et réutilisation des données dans le respect des cadres juridiques (RGPD, données hors UE) et des principes de la science ouverte. Ces contraintes invitent la recherche à repenser conjointement ses objets, ses données et ses méthodes.

Cette journée s’adresse aux jeunes chercheur·euses en linguistique, linguistique appliquée et sciences du langage, traductologie, didactique des langues et sciences de l’information et de la communication et vise à favoriser un dialogue interdisciplinaire autour des pratiques langagières numériques contemporaines.

Nous proposons les axes de réflexion non restrictifs et non exhaustifs suivants :

Axe 1 : Données langagières numériques : constitution, circulation et enjeux éthiques
Les contributions pourront porter sur les tensions entre exigences scientifiques, contraintes juridiques (RGPD, plateformes privées, données hébergées hors de l’UE) et principes de la science ouverte, ainsi que sur le devenir des données et des résultats issus de recherches sur des productions langagières numériques.

Axe 2 : Contraintes du médium et formes linguistiques émergentes
Les contributions pourront explorer les régularités lexicales, morphosyntaxiques et discursives propres aux productions numériques (ellipses, ponctuation expressive, segmentation non canonique), ainsi que les processus de créativité lexicale, de figement et de lexicalisation de formes initialement perçues comme non standard.

Axe 3 : Interaction, interprétation et expressivité dans les échanges numériques
Cet axe s’intéresse aux ressources graphiques, typographiques et sémiotiques mobilisées pour exprimer émotions, intensité et positionnements énonciatifs (ponctuation expressive, majuscules, emojis, gifs, stickers), ainsi qu’aux conventions d’usage et aux phénomènes de malentendus ou d’effets pragmatiques spécifiques aux interactions médiées.

Axe 4 : Médiations technologiques, automatisation et circulation des normes langagières
Il s’agit de comparer les stratégies linguistiques mises en œuvre dans les interactions entre humains et dans l’adressage à des interfaces conversationnelles automatisées, ainsi que d’analyser l’influence potentielle des productions automatisées (IA conversationnelle, traduction automatique, outils d’aide à la rédaction) sur les usages humains, notamment en contexte de didactique de langues. Les contributions pourront également interroger les enjeux de normalisation, de lisibilité et d’appropriation des usages dans les pratiques de traduction.

Modalités de soumission des propositions de communication (20 minutes de présentation + 10 minutes de questions-réponses) :

 

Dates clés

 

Bibliographie sélective

Androutsopoulos, J. (Ed.). (2014). Mediatization and sociolinguistic change (Vol. 36). Walter de Gruyter GmbH & Co KG.

Bou-Franch, P., & Blitvich, P. G. C. (Eds.). (2018). Analyzing digital discourse: New insights and future directions. Springer.

Crystal, D. (2011). Internet linguistics: A student guide. Routledge.

Jones, R. H., Chik, A., & Hafner, C. (2015). Discourse and digital practices: Doing discourse analysis in the digital age (p. 262). Taylor & Francis.

Paveau, M. A. (2017). L'analyse du discours numérique. Dictionnaire des formes et des pratiques. Hermann.

Seargeant, P., & Tagg, C. (Eds.). (2014). The language of social media: Identity and community on the internet. Springer.

 
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